Le nombre de personnes souffrant de dépression en France et dans les pays
occidentaux a été multiplié par sept en dix ans : c'est comme une épidémie.
Comment expliquer un phénomène aussi extraordinaire ? Est-il l'effet, comme on
le dit souvent, d'un environnement social de plus en plus stressant ? Loin de
cette idée reçue, la réponse que propose Philippe Pignarre dans cet ouvrage très
accessible en surprendra plus d'un. Quand la dépression a commencé à se répandre
dans les années soixante-dix, explique-t-il, les psychiatres, se détournant de
la psychanalyse, ont opté pour la psychiatrie biologique : l'origine de la
dépression ne serait pas dans le psychisme du patient, mais dans ses neurones.
C'est cette hypothèse fragile, paradoxalement, qui est à l'origine de l'«
épidémie ». Elle a mobilisé d'énormes moyens financiers, alors qu'aucun test
biologique ne permet de diagnostiquer la dépression : les industriels du
médicament testent au hasard les substances et élargissent les définitions des
différentes formes de dépression (toujours plus nombreuses) chaque fois qu'ils
trouvent un médicament« efficace ». Chacun se voit désormais offrir la
possibilité de traduire sous forme de « dépression» son mal-être : la
cause déclenchante - deuil d'un proche, problèmes familiaux, harcèlement moral…
- serait secondaire, le problème viendrait des gènes ou de la biologie du
cerveau. Et les antidépresseurs sont là pour redonner l'énergie qui semble
manquer…Cette approche est-elle vraiment la meilleure pour soulager les
souffrances bien réelles de millions de personnes ? Philippe Pignarre explore
ici d'autres voies. Et il montre qu'une véritable biologie psychiatrique ne se
constituera pas dans le simple prolongement des connaissances empiriques
permettant de mettre au point les antidépresseurs.